Le souvenir est encore frais. En 2022, au Qatar, les supporters marocains avaient transformé chaque match en marée rouge. Proximité géographique, coûts maîtrisés, ambiance portée par toute une région. Quatre ans plus tard, le décor change radicalement.
En Amérique du Nord, le Mondial 2026 se joue sur un autre terrain. Celui des distances, des prix et d’une organisation calibrée pour des marchés bien plus solvables. Suivre les hommes de Mohamed Ouahbi ne se limite plus à réserver un billet. C’est un parcours logistique lourd, un investissement financier conséquent. Le rêve, lui, reste intact. Mais il devient sélectif.
Une billetterie qui filtre les supporters
Le premier choc arrive avec les billets. La FIFA a aligné sa grille tarifaire sur le marché nord-américain. Résultat : une fracture nette entre les offres affichées et la réalité d’accès.
Sur le papier, des billets à 600 dirhams existent. Dans les faits, ils disparaissent aussitôt mis en vente. Le supporter ordinaire se retrouve face à des tarifs bien plus élevés. Pour le match contre le Brésil, le 13 juin au MetLife Stadium, les prix démarrent à 120 dollars et peuvent atteindre 1.725 dollars. Les autres rencontres, face à l’Écosse et à Haïti, restent légèrement en dessous, sans jamais devenir réellement accessibles.
La tarification dynamique ajoute une couche supplémentaire. Plus l’affiche attire, plus les prix s’envolent. Seuls quelques billets «Supporter» à 60 dollars, distribués via la FRMF, offrent une alternative. Mais leur rareté en fait presque une illusion.
Hébergement et transports : la facture explose
Une fois le billet en poche, le plus dur commence. Sur place, le coût de la vie grimpe. Les villes hôtes affichent des tarifs hôteliers qui défient toute logique. À Vancouver, une nuit dépasse 1.400 dollars les jours de match. Au New Jersey, certains hôtels proches du stade franchissent les 1.500 dollars.
Les locations entre particuliers suivent la même trajectoire. L’hébergement devient le principal poste de dépense. Et il ne laisse aucune marge.
Les transports, eux aussi, participent à l’addition. Aux États-Unis, chaque déplacement a un prix. Les parkings officiels peuvent atteindre 300 dollars. Les trains et navettes voient leurs tarifs multipliés pour l’événement. À cela s’ajoutent les repas, les taxes, les pourboires. Une journée sur place peut rapidement coûter l’équivalent d’un mois de dépenses ailleurs.
Une diaspora loin d’être épargnée
On pourrait penser que la diaspora marocaine en Amérique du Nord est mieux placée. La réalité est plus nuancée. Certes, elle évite le vol transatlantique. Mais elle se heurte à un autre obstacle : l’immensité du territoire.
Entre Montréal, Boston, Atlanta ou New York, les distances imposent des déplacements coûteux. Vols internes, carburant, hébergement… la facture s’accumule. À cela s’ajoutent les contraintes professionnelles, les congés limités, les agendas serrés.
Même sur place, suivre la sélection devient un projet à part entière. Une organisation millimétrée, souvent au prix de sacrifices financiers importants.
Un Mondial qui interroge
Le Mondial 2026 promet d’être grand. Plus de pays, plus de matchs, plus de villes. Mais à mesure que le format s’élargit, une question s’impose : à qui s’adresse réellement cette Coupe du monde ?
Le football a toujours vécu de ses supporters. De leur ferveur, de leur présence, de leur capacité à transformer un stade en territoire vivant. Si le prix d’entrée devient un filtre, c’est toute une culture qui vacille.
Les Lions de l’Atlas seront là. Le talent, lui, ne dépend pas du budget. Mais dans les tribunes, la voix du supporter marocain risque de se faire plus rare. Non par manque de passion. Simplement parce que, cette fois, le rêve a un prix.


